Ma chère Juliette
Je préfère t’écrire plutôt que de te téléphoner pour l’instant, à cause de mes difficultés respiratoires, mais aussi parce que je me sens moralement un peu faible et que prendre le risque de m’effondrer au téléphone est au-dessus de mes forces...
La question de la greffe avait déjà été évoquée, mais comme – à mes yeux en tous cas – la menace absolue. D’avoir observé ces jours-ci la diminution progressive de mes traitements m’avait plutôt porté à croire que ce ne serait pas/plus nécessaire. Mais il y a mes difficultés respiratoires, mais il y a les difficultés à diminuer la dobutamine. Si ces diminutions échouent, il faudra changer de stratégie du tout au tout et donc envisager la greffe.
La greffe... C’est évidement complètement abstrait, mais ça me fait terriblement peur, pas tant l’opération elle-même que toute la portée de cet événement, à commencer par : est-ce que je veux vraiment de tout cela... Dix ans après mon cancer, ce nouveau gros pépin... Et puis quoi encore ? Et puis quoi après ?
La
transplantation me donne l’impression de soustraire le cœur à quelqu’un
qui attend aussi et qui en aurait plus besoin : qui serait mieux quoi
en faire...Et puis j’écris cela tout en me disant que l’on finit par s’habituer à tout ou qu’il s’agit juste de me familiariser avec cette nouvelle voie de mon existence, sur un horizon de plus en plus restreint...
Je suis vraiment désolé d’être à nouveau l’ami fragile, parce que je sais bien dans quel état cette lettre va te mettre, mais je crois que si je le taisais – et d’ailleurs combien de temps le pourrai-je... – tout cela (et tu vas me trouver grandiloquent mais dans « tout cela », je mets notre amitié et la vie même) n’aurait plus aucun sens.
Je viens de me relire, quelques heures après, et je voudrais tout de même te rassurer... si le principe de l’abandon des médicaments sous perfusion échoue, ce n’est pas pour autant que la greffe sera pour tout de suite. D’abord on laissera une autre chance à mon cœur de récupérer... qui sait...
Je t’embrasse fort et te dis à bientôt.
Christophe