mardi 3 avril 2012

Ca sent le carton

Je reste de longues minutes à regarder par la fenêtre le toit du théâtre et les petits immeubles alentour. Les toits pointus des passages couverts. Six ans. Je ferai quelques photos lorsque la lumière sera pleine et colorée, peut-être dans les soirées de mai.
Je vais devoir quitter cet appartement, ce qui n’est véritablement ni heureux ni triste, ce qui est juste pénible : quitter un lieu sans l’avoir décidé. Le quartier va me manquer, et l’immeuble, et la vieille gardienne, et je ne suis sans doute pas près de pouvoir à nouveau habiter un appartement aussi central à un prix aussi raisonnable, et il va falloir que je sacrifie sans doute surface et localisation. C’est beaucoup pour se réjouir d’un déménagement à venir…
Surtout, il va falloir se coltiner ces visites qui vous font perdre votre temps (« 27 m2 ? Vous vouliez sans doute dire 27 m3 ! »), et la concurrence… D’ailleurs, visite hier d’un studio près du Père-Lachaise, visite organisée par le propriétaire en personne, un monsieur en costume d’une centaine d’années, très capitaine d’industrie pompidolien, et qui nous fait pénétrer dans son bien au rythme effréné d’un par un, avant de nous faire remplir un questionnaire à mon sens à la limite de la légalité – mais la quarantaine de postulants en présence prouvait bien que le rapport de force ne penchait pas en notre faveur… « Une lettre de motivation », réponds-je à la jeune fille, arrivée après moi, qui me demande ce que je suis en train d’écrire.
Tout cela a l’air d’une farce. « C’est long ! », gémit-elle. Je ne résiste pas :
- C’est à cause du coton-tige…
- Quoi ?!
- Oui, il fait des prélèvements ADN, mais il n’a qu’un coton-tige, alors il le rince entre chaque prélèvement…
Je me demande si j’aurais le courage – au cas où l’occasion se présenterait – de pousser le vieux dans l’escalier. Probablement. Petite humiliation supplémentaire : à bientôt 36 ans, fonctionnaire, je dois demander à mon père s’il accepte d’être mon garant. Comprenant que je suis en quelque sorte son otage, il en profite pour me coincer avec ses problèmes d’imprimante. Très sain. Cette fois, son scanner-imprimante accepte de faire des photocopies, mais pas de scanner… Ah finalement, ça n’imprime pas non plus. Pourtant, l’engin a été changé il y a un mois et les cartouches sont neuves… Serait-ce une bonne chose de tenter de la réinstaller ? « Attends cinq minutes, j’essaie de la réparer juste avec la force de mon esprit… »
J’aimerais qu’il comprenne qu’il pourrait simplement emporter ses papiers jusqu’à la poste du coin et procéder à l’ancienne : photocopies, enveloppe, timbre. Mais il fait celui qui ne comprend pas : tout de même, c’est bien embêtant cette imprimante…
Je n’ai pas eu l’appartement.

8 commentaires:

  1. Ah le coton-tige, j'ai bien ri.
    J'espère que tu vas trouver. Tu vas trouver !

    Moi je cherche un terrain de 200 m2 à louer pour faire un potager, dans un rayon de 5 kms autour de chez moi. D'urgence où je m'étiole.
    Introuvable !!!!!!!!!!
    Ça sent pas encore la bèche...
    (je raconte ça juste pour que tu te sentes moins seul !)

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  2. Certaine que tu vas trouver !

    Si tu n'as pas eu celui que tu as visité, c'est qu'il en est un autre, plus beau, plus lumineux, plus silencieux, qui t'attend :)

    Tu vas voir, je t'envoie mes déesses païennes, elles vont te trouver ça en un tour de main ! ;)

    Et non, elles refusent de faire la vaisselle ! :-))

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    1. Tu as raison: finalement, c'est chiant, les vieux. Alors, maintenant, je ne pourrais même plus imaginer tes déplacements dans ce passage où j'ai lu un nom (de rue?) prédestiné pour moi. Sniff....

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  3. Ta recherche, le coton-tige, ton père, ton coup de barre. Je comprends, ça me parle. Courage, ça va venir et pousse qui tu veux dans les escaliers.

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  4. > Tous : Peut-être un coup de théâtre ! "Papy" m'a téléphoné aujourd'hui pour m'annoncer qu'un autre appartement, semblable, se libérait peut-être dans l'immeuble (tout l'immeuble lui appartient ou quoi ?). Je lui ai dit que je l'appelais jeudi - prétendant être en province jusque là... pas honnête peut-être, mais plus productif sans doute qu'annoncer clairement la couleur : je suis à l'hosto de mardi à jeudi pour le bilan... annuel post-greffe. Ça va être très sympa !

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  5. J'aime bien ce billet. Je me retrouve dans ta façon d'écrire, de raconter. Hop : dans mes favoris. Il faut que je retrouve l'envie de lire...

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