mercredi 14 juillet 2010

Tandori

Plus de pommade ! Ah c’était bien le moment ! Évidemment, ça grattait comme jamais. Tandori sortit du réduit qu’il s’était aménagé sous le pont pour y installer son matelas. Dieu merci, la pharmacie de garde n’était pas trop loin. Il partit le long du quai de sa démarche d’insecte et avec l’idée qu’une bourrasque pourrait bien le coller à l’eau. Et le Russe-toujours-pas-mort qui était encore là, à pêcher des branches d’arbres arrachées par le vent, les jambes suspendues dans le vide. Tandori éclata de rire : il voulait se construire un nid ou quoi ?
- Hé Lénine, ça mord ?
Le Russe-toujours-pas-mort ne répondit rien, comme à son habitude, mais lui lança tout de même un regard blanc.
Arrivé à la pharmacie, Tandori poussa la porte de la pointe du pied – inutile de choper la dysenterie ou un truc pire encore – et, son entrée signalée par un insupportable gling électronique, il beugla une première fois. Le pharmacien leva la tête de son journal et, d’un ton faussement exaspéré – l’ayant reconnu au bruit familier du pied littéralement jeté contre la porte –, entreprit de lui rappeler les règles élémentaires d’hygiène que ce traitement imposait. Tandori beugla une deuxième fois en agitant cette fois sa main au-dessus de sa tête. Le pharmacien, qui crut y deviner quelque chose comme « hé ho hein bon », s’absenta quelques instants dans sa réserve et en revint avec le tube de pommade qu’il lança, par dessus le comptoir, à Tandori, lequel le reçut dans le nez. Il beugla une troisième et dernière fois, ramassa son tube de pommade et s’enfonça dans le jour glacé pour y disparaître.

1 commentaire:



  1. Et c'est où, que ça le gratte ?

    Écrit par : Lancelot | 12 août 2010
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    Lancelot : En soi, ça pourrait le gratter à peu près n'importe où, mais pour être honnête, il s'agit d'un extrait d'un texte plus long (un début de roman) que j'avais commencé à écrire : ça le gratte à l'entre-jambe.

    Écrit par : christophe | 14 août 2010
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    Je m'en doutais... encore un roman cochon....

    Écrit par : Lancelot | 15 août 2010

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