Très
bonne nuit, à peine interrompue par la toute jeune et douce infirmière
venue prendre ma tension et faire des prélèvements. Rien de comparable
avec les nuits précédentes donc, véritablement effrayantes. D’abord des
désaturations importantes, mais aussi des angoisses qui duraient jusque
tard dans la nuit, dérangeantes parce qu’hallucinatoires et qui
m’évoquent des mécanismes très archaïques, remontant aux temps
immémoriaux d’une vie utérine, comme si chacun de mes organes poussait
son propre cri de terreur et que ne parvenait à ma conscience qu’une
polyphonie anarchique, chacun des cris se superposant aux autres.
L’impression également, par intermittence, que l’on chuchotait à mes
oreilles ou que l’on m’effleurait l’épaule ou le bras, phénomènes qui
cessaient dès que j’ouvrais les yeux. Lorsque tout à l’heure j’ai
commencé à dire à Juliette que j’avais ressenti des angoisses tout à
fait particulières ces dernières nuits, elle ne m’a pas laissé
achever (« Laisse-moi deviner… ») pour me les décrire très justement
dans un réconfortant sourire : elle aussi a éprouvé, dans les jours qui
ont suivi son AVC, ces expériences un peu fantomatiques.
lundi 30 mai 2011
dimanche 29 mai 2011
Journal d'hospitalisation I
Mardi 22 mars
Pour
la première fois depuis mon hospitalisation, il y a maintenant cinq
jours, je retrouve la force et l’envie d’écrire. La force… enfoncer des
portes ouvertes en disant que je n’ai jamais rien connu d’aussi
physiquement éprouvant de ma vie. Depuis hier, le souffle se fait un peu
moins court, mais les brusques accès de fièvre, la fatigue, le change
que je donne, l’impossibilité dans laquelle je suis de bouger mes jambes
à cause du cathéter fémoral et de la contre-pulsion par ballon intra-aortique – et pour combien de temps encore ? –, tout cela me fait presque parfois souhaiter le départ anticipé de mes visiteurs.
Pourtant,
le moral est bon – pas mauvais toutefois – même si rien ne m’a été
épargné hier des pires options envisagées, dans la mesure notamment où
mon infarctus s’est compliqué d’un choc cardiogénique – ce qui engage généralement bien davantage le pronostic vital.
Il faudra bien un jour que je comprenne pourquoi plus c’est concret et moins c’est réel.
vendredi 27 mai 2011
Un retour
Je
n’ai pas l’intention de faire de ce blog un blog de greffé, mais il est
vrai que, pour l’heure, mes journées sont nettement orientées et que
les distractions ne sont pas si nombreuses – disons qu’elles sont assez
semblables à celles d’un pensionnaire de maison de retraite.
Vendredi
prochain, je retourne à la vie civile : sans doute commencerai-je alors
à avoir plus de distance avec tout cela, à pouvoir reprendre le cours
de ma vie, tout à fait modestement dans un premier temps.
Pour
faire un petit point santé tout de même, sachez que tout va bien pour
l’instant : toutes les semaines encore, je retourne à la Pitié pour des
examens permettant de déterminer l’état du greffon. Pas de rejet pour
l’instant. Bien sûr, mes défenses humanitaires pâtissent un peu du
traitement : j’ai droit à ma première maladie opportuniste, familière
aux lecteurs de Guibert et à ceux qui fréquentaient des séropos dans les
années quatre-vingt-dix, le CMV, ou cytomégalovirus. Rien de tragique
toutefois (sauf pour la sécu : 1 500 euros les 30 comprimés – ça me rend
malade ; j’imagine qu’ils sont fabriqués à partir du placenta d’une
race de lamas ne vivant que dans une vallée du Pérou, à une altitude
comprise entre 1 300 et 1 320 mètres).
Ainsi
que je l’avais fait lors de mon traitement de la maladie de Hodgkin il y
a dix ans, j’ai pas mal écrit ces dernières semaines. Dans un premier
temps, je vais donc disperser dans ce blog des extraits de cette sorte
de journal.
mardi 26 avril 2011
Communiqué...
Chers tous,
Cela
fait maintenant plus d'un mois que je n'ai pas écrit de notes, ni même
pu lire les vôtres. Ma dernière note suggérait que je croulais sous le
travail...
En
réalité, il n'en a rien été : exit le travail, le séjour marocain, le
week-end nantais... J'ai (encore) eu un gros pépin de santé qui m'a
conduit à l'hôpital où je suis toujours. Le plus lourd - le plus
dangereux aussi sans doute - est passé, mais il va me falloir du temps
avant de pouvoir rentrer chez moi, et reprendre l'ensemble de mes
activités ; y compris bloguesques donc (c'est Julietta qui est chargée
de taper ce texte).
Je pense bien à vous.
Christophe
samedi 1 janvier 2011
lundi 6 décembre 2010
Naissance des roches
Assis en tailleur dans la vieille forêt de feuillus, son dos ployait sous la voûte verte. Tout autour de lui les arbres étendaient bas leurs branches et le soleil peinait à percer la frondaison. Aucun bruit ne venait plus troubler la conscience du peuple du monde. Les oiseaux s’étaient tus et n’étaient plus que de lointaines taches blanches et noires, comme suspendus par un fil au plafond bleu. Il n’y avait plus un avion dans le ciel et des locomotives abandonnées rouillaient quelque part au soleil. Les rues des villes étaient vides de joies et de courses folles : le temps était mort et gisait à la surface de la terre.
Il était assis en tailleur et, tout autour de lui, dégouttait sa mémoire que ne buvait pas le sol pourtant sablonneux.
Au loin, par delà la forêt et les prés, les vallées et les terres des hommes, les immensités d’eau étaient étales et, sur leurs fonds, dans la nuit éternelle où retournent aussi nos souvenirs, les vies minuscules tombaient en scintillant.
Seul s’élevait dans l’air un silence d’autrefois qui avait su être patient.
Les souvenirs orangés de l’enfance, les plus heureux, se drainaient. Il n’aurait pu les garder sans retenir pareillement les autres, ceux des maisons brûlées qui craquaient et s’effondraient sur les meubles, sur les portraits à l’huile des ancêtres, sur les visages riants photographiés dans des après-midis roses.
Et la guerre suinta à son tour, en écume noire, et, avec elle, le souvenir de l’abject.
À la surface de son corps, une fine pellicule de calcaire apparaissait, là où la peau était exsangue de mémoire. De petites tâches blanchâtres tout d’abord, qui s’étendaient de loin en loin.
Il devenait enfin statue de pierre et, sitôt la dernière tache de calcaire apparue, laquelle finit couvrir sa peau vide à son tour du temps, il eut un hoquet et la vie alentour reprit son cours…
Il était assis en tailleur et, tout autour de lui, dégouttait sa mémoire que ne buvait pas le sol pourtant sablonneux.
Au loin, par delà la forêt et les prés, les vallées et les terres des hommes, les immensités d’eau étaient étales et, sur leurs fonds, dans la nuit éternelle où retournent aussi nos souvenirs, les vies minuscules tombaient en scintillant.
Seul s’élevait dans l’air un silence d’autrefois qui avait su être patient.
Les souvenirs orangés de l’enfance, les plus heureux, se drainaient. Il n’aurait pu les garder sans retenir pareillement les autres, ceux des maisons brûlées qui craquaient et s’effondraient sur les meubles, sur les portraits à l’huile des ancêtres, sur les visages riants photographiés dans des après-midis roses.
Et la guerre suinta à son tour, en écume noire, et, avec elle, le souvenir de l’abject.
À la surface de son corps, une fine pellicule de calcaire apparaissait, là où la peau était exsangue de mémoire. De petites tâches blanchâtres tout d’abord, qui s’étendaient de loin en loin.
Il devenait enfin statue de pierre et, sitôt la dernière tache de calcaire apparue, laquelle finit couvrir sa peau vide à son tour du temps, il eut un hoquet et la vie alentour reprit son cours…
Inscription à :
Articles (Atom)
